EDITO

Ce 9e numéro de Bobo Info, journal-école réalisé par une vingtaine de journalistes et animateurs radio maliens et burkinabè, signe sans doute la fin de notre programme de formation au Burkina Faso, faute de financements.

Engagé en 2009 avec le soutien de la Région Rhône-Alpes, de la Ville de Lyon et du Département du Rhône, ce programme s’est traduit pas de multiples actions : ateliers de formation de groupes burkinabè puis, depuis 2012, burkinabè et malien, formations en immersion à la Radio Télévision du Burkina et dans plusieurs rédactions de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso, aide à la création d’une lettre scolaire au lycée de Boussouma, formation des animateurs de La Voix des Hippos, radio villageoise de Bala, etc.

Toutes ces actions n’ont pu être réalisées que parce que nous les avons, dès le début, imaginées et mises en œuvre avec nos partenaires : Union des journalistes, communicateurs et correspondants de presse des Hauts-Bassins (UJCP-HB) au Burkina, Association des journalistes et animateurs solidaires de la Région de Tombouctou (AJASRT) au Mali. Au total, ce sont plus de 150 journalistes et animateurs radio qui ont participé à ces actions et qui, pour la plupart d’entre eux, ont bénéficié d’une formation progressive et adaptée, riche en échanges confraternels, et d’un accompagnement sur plusieurs années.

Certains – trop peu malheureusement – ont pu intégrer un master en journalisme à l’Institut de la Communication (ICOM) de l’Université Lumière-Lyon 2 et d’autres ont suivi le master 2 « techniques des métiers de l’information » de l’Institut des médias à l’Université Nazi Boni de Bobo-Dioulasso, mis en place en partenariat avec l’ICOM et Reporters solidaires.

Ces neuf années ne nous ont apporté que des satisfactions : accueil parfait, enthousiasme et progrès des stagiaires se traduisant par la promotion de nombre d’entre eux dans leurs médias, liens d’amitié, rencontres surprenantes, découverte d’un pays magnifique et de gens extraordinaires, d’un artisanat merveilleux, de traditions magiques et d’un formidable appétit de démocratie.

Il nous restera de cette aventure tellement de souvenirs qu’ils pourraient remplir un livre mais en attendant, nous vous proposons la lecture de ce Bobo Info 9 composé de quatre dossiers d’actualité. Après avoir étudié le journalisme en temps de crise, les participants ont choisi des sujets en lien avec ce thème :

Crise sécuritaire après la série d’attentats qui a frappé Ouagadougou ;

Crise énergétique alimentée par les coupures d’électricité, à l’origine cependant de l’essor du solaire ;

Crise du coton qui atteint aussi les fabricants de produits dérivés ;

Crise culturelle enfin avec la Semaine nationale de la Culture qui incite à revenir aux valeurs traditionnelles.

Qui dit crise dit sujet sensible. Nous avons dès lors expérimenté ce que les journalistes africains vivent au jour le jour : la plupart des interlocuteurs pressentis ont refusé de répondre à nos questions. Or il n’y a pas de liberté de la presse sans accès à l’information.

Christine Cognat

Présidente de Reporters solidaires

ILS L’ONT FAIT !

La rédaction burkinabè et malienne de Bobo Info

Encadrement: Christine Cognat, Clémentine Méténier, Abdoulaye Ouattara, Moussa Sanon, Francis Viailly

LA SECURITE A BOBO : UN DOSSIER SECRET DEFENSE

Depuis les attentats du 2 mars 2018 à Ouagadougou contre l’ambassade de France et l’état-major général des armées, revendiqué par le Groupe pour le soutien de l’islam et des musulmans (GSIM) qui a fait 8 morts et 12 blessés parmi les forces de l’ordre, la sécurité est devenue l’un des principaux sujets de préoccupation au Burkina Faso.

Dossier réalisé par : Chéri Fatou Dramé (Radio Ouga FM à Bobo), Alhousseini Alhadji (Radio Jamana FM à Tombouctou), Fatoumata Niang (Radio Issaber FM à Niafunké), Moussa Sanou (Radio du marché FM à Bobo)

SOMMAIRE

La situation à Bobo-Dioulasso

Hôtels et bus sous haute surveillance

La police municipale : un service de proximité. Interview de Abdoul Aziz Fayama, commandant de la police municipale de Bobo-Dioulasso.

Bobo sur ses gardes pendant la Semaine nationale de la Culture

En bref…

Synthèse

LA SITUATION A BOBO-DIOULASSO

A Bobo-Dioulasso, la deuxième ville du pays, si l’inquiétude et le niveau de vigilance sont moins perceptibles que dans la capitale, le problème sécuritaire est tout autant important surtout pendant la Semaine nationale de la culture (SNC) organisée du 24 au 31 mars sur différents sites de la cité.

Bobo-Dioulasso entre jaune et orange

(source: Ministère français des Affaires étrangères)

Si les responsables de la police nationale et ceux de la gendarmerie se refusent à évoquer les mesures mises en place pour protéger la population, Abdoul Aziz Fayama, commandant de la police municipale, reconnait volontiers que les circonstances sont particulières et que sa centaine d’hommes est mobilisée pour faire de la prévention de jour comme de nuit.

Du côté de l’Institut français, où là aussi on se refuse à commenter les consignes de sécurité présentes et à venir, la direction, sur demande de l’ambassade de France, a décidé d’interdire l’accès de l’établissement aux non-adhérents et a annulé toutes les manifestations prévues pendant la SNC avant d’entamer d’importants travaux de sécurisation.

L’Institut français de Bobo fermé aux non-adhérents

Dans les grands hôtels de la ville qui accueillent un certain nombre de personnalités pendant les festivités, comme pour les compagnies de transport qui assurent la liaison entre Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, le niveau d’alerte a été relevé pour tenter de parer à toute éventualité.

Pour les Bobolais, la perception d’un éventuel danger est bien présente. D’ailleurs, selon les critères de ministère des affaires étrangères français, la ville est déjà à moitié en zone orange et ses proches environs en zone rouge (voir la carte).

Reportage

HÔTELS ET BUS SOUS HAUTE SURVEILLANCE

 A Bobo-Dioulasso l’hôtel Sissima, comme d’autres établissements hôteliers, a déjà pris depuis longtemps des mesures de sécurité. Ce complexe hôtelier de luxe, dont le promoteur est le burkinabè Roland Sow, propriétaire aussi de la nouvelle compagnie Elitis Express, a accueilli, pour l’ouverture de la SNC, plusieurs ministres et personnalités.

Situé à proximité de la Maison de la Culture, l’hôtel Sissima a instauré un service de sécurité qui ne laisse rien au hasard. Blocs de béton barrant l’entrée du parking, garde inspectant minutieusement tous les véhicules, à l’extérieur comme à l’intérieur, gendarmes armés en faction, double sas de contrôle: l’accès à ce havre de tranquillité semble bien protégé.

Boris Ouédraogo, responsable de la sécurité de l’hôtel et de la compagnie Elitis Express, confirme cette impression sans dévoiler tous les secrets.

 A quelques centaines de mètres de l’hôtel Sissima, la gare de la compagnie Elitis Express occupe une rue dont l’accès lui est réservé. Murs de briques rouges, agent de contrôle et fouilles des passagers, le bâtiment dont la salle d’attente et les bureaux sont climatisés est bien protégé.

La gare routière d’Elitis Express

Boris Ouédraogo explique les principes sécuritaires qui animent la compagnie.

 

 

 

Pour le responsable de la sécurité, Boris Ouédraogo, la sensibilisation et la formation de ses collaborateurs sont des éléments nouveaux pour renforcer la sécurité.

 

 

 

Interview

LA POLICE MUNICIPALE: UN SERVICE DE PROXIMITE

 Contrairement aux responsables de la police nationale et de la gendarmerie qui n’ont pas voulu s’exprimer sans ordres venus de Ouagadougou, Abdoul Aziz Fayama, commandant de la police municipale de Bobo-Dioulasso a accepté de parler. S’il n’a pas dévoilé de secrets stratégiques compte tenu des enjeux sécuritaires, il a livré quelques détails dans une interview réalisée dans son bureau.

ITW Abdoul Aziz Fayama

Points de vue

BOBO SUR SES GARDES

 Les attentats de Ouagadougou ont frappé les esprits. Même si Bobo-Dioulasso jusque-là épargnée semble vivre tranquillement, les apparences sont trompeuses.

Pendant cette Semaine nationale de la Culture tout le monde est sur ses gardes, aussi bien les organisateurs de la SNC que les simples habitants.

 

Pour Aimé Frédéric Niamba, directeur régional de la Culture, des Arts et du Tourisme, toutes les précautions ont été prises pour garantir la sécurité des spectateurs et des participants.

 

 

 

 Rencontré dans la rue, Issa Belem, n’est pas pour autant rassuré. Les attentats sont une réalité et la menace ne peut pas être niée pendant cette semaine de la SNC.

 En bref…

80 attaques depuis 2015

Selon François Comparé, ministre de la sécurité, un bilan dressé après les attentats du 2 mars à Ouagadougou fait état de 80 attaques terroristes au Burkina Faso depuis 2015 qui ont fait 133 morts.

Les trois attentats de Ouagadougou:

  • 15 Janvier 2016: 30 morts après les attaques du restaurant Cappuccino et de l’hôtel Splendid revendiquées par AQMI
  • 13 août 2016 : 18 morts après l’attaque du café- restaurant Istanbul revendiquée par le GSIA
  • 02 mars 2018: 8 morts après les attaques de l’ambassade de France et de l’état-major général des armées revendiquées par le GSIM

 

 

 

COURT-CIRCUIT ELECTRIQUE A BOBO-DIOULASSSO

LE SOLAIRE, REMÈDE PALLIATIF AUX DÉLESTAGES

 « L’énergie pour tous » tarde encore à être une réalité au Burkina Faso, notamment dans la deuxième ville du pays, Bobo-Dioulasso.

Non pas que son importance pour le développement soit méconnue mais la principale société de distribution, la SONABEL, rencontre d’énormes difficultés à satisfaire la demande.

Conséquence : des populations se tournent vers le solaire, un secteur en pleine expansion mais encore anarchique.

.

Dossier réalisé par Louise Konaté (Radio municipale de Sya à Bobo), Agaïchatou Walet Hamada (Radio Alkabar FM à Gourma-Rharous), Wilfried Somé (Radio RED à Bobo, Mohamed Almahadi Touré (Radio Hondou FM à Goundam)

SOMMAIRE

SONABEL : D’énormes défis à  relever

Avenue Nelson  Mandela by night : L’arrivée des lampadaires électriques a tout changé

Délestages de courant électrique : Un calvaire pour les populations

Marché du solaire : Bobo-Dioulasso est dans la danse

« Le gouvernement doit prendre des mesures pour encadrer le domaine du solaire ». Interview de Tite Coulibaly, expert en énergie solaire

Synthèse

SONABEL : D’ÉNORMES DÉFIS A RELEVER                                       

 D’où vient l’électricité au Burkina ? Quelles sont les raisons des délestages ? Comment s’en sortir ? Les responsables de la Société nationale burkinabè d’électricité (SONABEL) ayant refusé de nous recevoir, nous avons trouvé les réponses à ces questions dans une interview accordée au journal « l’Evènement » en octobre 2017 par François de Salles Ouédraogo, DG de la Société.

L’énergie électrique distribuée au Burkina provient des hydrocarbures, des centrales hydro-électriques, mais aussi du solaire et de l’interconnexion avec certains pays voisins comme le Ghana et la Côte d’Ivoire.

La capacité des centrales est trop faible pour couvrir tous les besoins

(photo SONABEL)

Le Burkina en chiffres, c’est 19% de taux d’électrification et 30% de dépendance au réseau électrique ivoirien.

Malgré les efforts entrepris ces dernières années par la SONABEL, la principale société de distribution, le pays peine toujours à couvrir ses besoins énergétiques, d’où très souvent des délestages surtout aux mois d’avril, mai et juin.

Selon le Directeur Général de la SONABEL, cette situation est due en partie à une insuffisance de courant pour fournir les consommateurs. « Les pannes peuvent aussi en être la cause, de même que des difficultés sur le  réseau d’interconnexion»,  précise-t-il.

Face à ces différents problèmes entrainant des délestages, le N°1 de la nationale de l’électricité au Burkina pense que des défis majeurs restent à relever.

Il s’agit de rendre accessible l’électricité pour tous, d’assurer l’équilibre entre l’offre et la demande pour éviter les coupures de courant. Il s’agit aussi de diminuer le coût de l’électricité ou encore d’améliorer sa qualité et cela en investissant dans des équipements plus modernes.

Reportage

AVENUE NELSON MANDELA BY NIGHT

L’ARRIVEE DES LAMPADAIRES ÉLECTRIQUES A TOUT CHANGE

Depuis l’installation des lampadaires électriques, l’avenue Nelson Mandela est devenue une des routes les plus animées de Bobo-Dioulasso. Même après  la tombée de la nuit, les populations continuent d’exercer leurs activités.

Des lampadaires électriques allumés, des boutiques et des ateliers ouverts, une circulation toujours dense, nous sommes pourtant en pleine nuit sur l’Avenue Nelson Mandela.

L’éclairage a changé la vie des riverains

Abdramane Komboïgo  est commerçant. Installé depuis belle lurette sur cette voie, il constate avec beaucoup de plaisir aujourd’hui que l’éclairage public a rendu cette rue vivante.

Sylla Ouédraogo est un vendeur de sacs de voyage sur cette avenue Nelson Mandela. En absence de courant électrique dans sa boutique, il profite de la lumière des lampadaires publics.

 

Alida Yara est aussi une riveraine de l’Avenue Nelson Mandela. Employée dans un  pressing, elle mesure bien les avantages de ces lampadaires.

Les avantages des lampadaires publics installés sur l’avenue Nelson Mandela ne font l’objet d’aucun doute. Pour les populations, la Société nationale burkinabè d’électricité (SONABEL) doit maintenant travailler à minimiser les coupures de courant électrique.

Micro-trottoir

DELESTAGES DE COURANT ELECTRIQUE :

UN CALVAIRE POUR LES POPULATIONS

Les délestages constituent des moments difficiles pour les populations de Bobo-Dioulasso. Presque tous les domaines de la vie socio-économique sont concernés. Nous avons interrogé quelques victimes à Kôkô, un quartier de la ville.

 

Samedi 24 mars 2018, nous sommes à Kôkô et le courant est coupé depuis plusieurs heures. Ibrahim Thanou est un vulcanisateur. Assis sur un tabouret au bord de son atelier, sur son visage se lit toute la tristesse du monde.

 

 

Autre victime des coupures de courant électrique, la famille d’Oumarou Kassamba dans le quartier Kôkô.

 

Chez Oumarou, les délestages sont toujours très mal ressentis. Ils perturbent toutes les activités familiales.

 

 

 

 

 

 

Assita Traoré est restauratrice à Bobo-Dioulasso. Plusieurs fois victimes des coupures de courant électrique, c’est avec beaucoup de nervosité qu’elle en parle.

 

 

Pour fuir ce calvaire, certaines familles se sont déjà tournées vers le solaire.

Reportage

MARCHE DU SOLAIRE

BOBO-DIOULASSO EST DANS LA DANSE

Le marché du solaire est en plein essor au Burkina. Presque partout dans le pays, on rencontre soit des boutiques, soit des marchands ambulants. C’est le cas notamment dans la ville de Bobo-Dioulasso.

Le grand marché de Bobo-Dioulasso grouille de monde en cette matinée du samedi 24 mars 2018. Dès notre entrée, nous sommes vite impressionnés par cette boutique de vente d’objets solaires appartenant à Seydou.

Bonaventure Hien est aussi un gérant de boutique de vente d’objets solaires au grand marché de Bobo-Dioulasso.

Dans sa boutique, on découvre des panneaux solaires, des lampes, ou encore des batteries.

Cet homme est dans ce commerce depuis qu’il a compris que la demande des populations en  objets solaires avait augmenté.

Outre le grand marché, la vente des objets solaires se retrouve aussi dans les rues de Bobo-Dioulasso.

 

C’est justement ces endroits que Joseph Bazongo a choisis pour développer son commerce.

 

 

La prolifération des objets solaires n’est pas une mauvaise chose à Bobo-Dioulasso. Mais pour certains, il faudrait quand même y mettre un peu d’ordre.

Interview

TITE COULIBALY, EXPERT EN ENERGIE SOLAIRE :

« IL FAUT ENCADRER LE DOMAINE DU SOLAIRE »

 Tite Coulibaly est électro-énergéticien solaire. Formé au centre Jean Bosco à Bamako au Mali, il est également le responsable de Complexe Electricité et Bâtiment (COMELBA), une entreprise qui a une longue expérience dans le domaine du solaire à Bobo-Dioulasso.

Selon Tite Coulibaly, le secteur est mal organisé et il espère que le gouvernement burkinabè va prendre des mesures pour l’encadrer car selon lui, le marché est inondé de matériel de mauvaise qualité, ce qui est « décourageant ». Aujourd’hui tout le monde peut importer et vendre des panneaux solaires. Il faut également former les installateurs.

 


 

LE BURKINA FASO FILE UN MAUVAIS COTON

L’OR BLANC CRISTALLISE LES TENSIONS

Le coton, deuxième richesse du pays après l’or, joue un rôle très important dans l’économie du Burkina Faso.

Le Burkina Faso était ces dernières années le premier exportateur de coton de l’Afrique de l’Ouest. Depuis deux ans, le secteur rencontre d’énormes difficultés au point qu’il a perdu sa position de leader, permettant ainsi au Mali de passer en 2018 à la première place pour la production de coton.

Certains producteurs, baptisés aussitôt « frondeurs », accusent la Société burkinabè des fibres textiles (SOFITEX) de leur avoir fourni des intrants –semences, engrais et pesticides – de mauvaise qualité. La SOFITEX, une des trois sociétés nationales du Burkina Faso avec Faso Coton et la SOCOMA, rétorque en mettant en cause les caprices de la pluviométrie et la prolifération des ravageurs.

Cette crise intervient après la suspension des semences de coton OGM de la société MONSANTO par la SOFITEX qui lui reprochait de produire des fibres trop courtes, lui faisant perdre son label « coton burkinabè ». Sur pression des cotonculteurs, la SOFITEX est néanmoins en pourparlers avec BAYER pour revenir aux OGM. Non seulement cette crise appauvrit les cotonculteurs qui n’arrivent pas à rembourser leurs crédits mais elle a des répercussions sur les entreprises qui fabriquent des dérivés du coton, comme l’huile.

 Dossier réalisé par Kadia Mahamane Touré (Radio Bouctou à Tombouctou), Aminata Herber (Radio Guimba à Goundam), Mossa Traoré (Radio Diiri FM à Diré, Oumar Traoré (Radio Amadia à Bobo, Dieudonné Sou (Radio Alliance Chrétienne à Bobo)

SOMMAIRE

 Les cotonculteurs en bataille rangée

La riposte de la SOFITEX

Le coton fait de l’huile

En bref…

Synthèse

LES COTONCULTEURS EN BATAILLE RANGEE

A une semaine d’intervalle, deux camps de cotonculteurs se sont affrontés à Bobo-Dioulasso

 CONTRE

Le 13 mars 2018, les « frondeurs », après avoir organisé une marche en février,  ont tiré les premiers en tenant une conférence de presse dirigée nommément contre le directeur général de la Société burkinabè des fibres textiles (SOFITEX) : « Wilfried Yaméogo a menti au peuple et au monde des cotonculteurs quand il soutient sans preuve que les engrais et pesticides sont de bonne qualité mais que la mauvaise campagne en cours est due à la pluviométrie. Nous considérons que ses actes s’apparentent à du djihadisme économique ».

« La récolte n’a pas été bonne. Ce sont les engrais et les pesticides qui ont fait défaut », confirme Prosper Souro, 42 ans, cultivateur de 11 hectares de coton à Panamasso, un village situé à une quinzaine de kilomètres à l’ouest de Bobo-Dioulasso. « Il y eu trop de pluie, je n’ai rien récolté en 2017. C’était mieux avec le coton OGM. Je souhaite qu’on y revienne ».

Les frondeurs ont demandé à la Commission nationale du contrôle des engrais de faire une contre-expertise des intrants incriminés car elle a été mise en place par décret présidentiel. « Et pourquoi, ajoutent-ils, le ministre en charge de l’agriculture ne se saisit pas du dossier ? »

Comme Prosper, ils attendent le retour du coton OGM « qui offrent plus d’avantages aux cotonculteurs et restent la seule alternative face aux effets du changement climatique ».

 

Le coup de grâce est asséné par les frondeurs qui exigent le « départ du directeur général de la SOFITEX pour le bien-être des cotonculteurs puisque nous avons constaté que depuis sa nomination à la tête de la direction générale, il n’a ménagé aucun effort pour baisser la production cotonnière en ce sens que notre pays le Burkina Faso quitte le premier rang pour devenir l’avant-dernier dans la production cotonnière en Afrique ».

 

 

POUR

Le 20 mars 2018, l’Union nationale des sociétés coopératives de producteurs de coton du Burkina (Scoop-UNPCB) ont riposté en entendant apporter « sa part de vérité et d’éclairage  face à une situation qui n’a que trop duré ».

Evoquant les « turbulences dans l’air qui flottent au-dessus du monde cotonnier burkinabé, liées d’une part aux résultats obtenus à l’issue de la campagne cotonnière 2017-2018, et d’autre part à la décision prise par l’Association Interprofessionnelle du Coton du Burkina (AICB) de se retirer momentanément de la culture du coton génétiquement modifié », l’Union soutient la SOFITEX en affirmant que c’est bien la pluviométrie qui a été responsable du désastre. « Dans la même lancée, les rendements à l’hectare ainsi que la production globale attendus en ont pris un coup. Certes il n’y a pas de quoi en être fiers même s’il s’avère que le cumul des productions enregistrées par les sociétés cotonnières a néanmoins dépassé celui de la campagne 2016-2017 ».

Prenant un ton plus combatif, les responsables de l’UNPCB  s’étonnent « de voir une minorité ramer à contre-courant de la vérité » et vont jusqu’à demander si les frondeurs sont réellement des producteurs de coton : « qui tire les ficelles en cachette et à quelles fins ? Quels sont les enjeux qui se cachent derrière tout ceci » ? Rendant coup pour coup aux frondeurs, ils mettent en cause leur leader  qui aurait « abandonné ses champs de coton au profit de l’Eglise ».

L’Union souhaite trouver une formule pour « réduire de moitié les crédits intrants  afin de soulager les producteurs » et échelonner le reste des sommes dues. Aux côtés de la SOFITEX, l’UNPCB a d’ailleurs mis en place des commissions d’évaluation des impayés.

« Nous invitons les frondeurs de se départir des mauvais calculs et des intentions égoïstes, à se ressaisir et à rallier les rangs de la majorité ».

Malgré leurs divergences, les deux camps sont au moins d’accord sur un point : ils n’avancent aucun chiffre, attendant que la SOFITEX les communique officiellement.

Seule certitude : au comptage aux champs cet hiver, la SOFITEX évaluait la production à 563 000 tonnes… alors que quelques mois plus tôt, elle en espérait plus de 700 000, voire 800 000.

 

LA RIPOSTE DE LA SOFITEX

Accusée d’avoir vendu des engrais et des pesticides de mauvaise qualité, la Société burkinabè des fibres textiles (SOFITEX), mécontente de la publicité donnée à cette crise, n’a pas voulu répondre à nos questions. Dans un communiqué de son directeur général, Wilfried Aimé Yaméogo, publié le 1er février 2018, elle se défend cependant en présentant des arguments très précis.

Selon la SOFITEX, la saison 2017-2018 était « porteuse d’espoirs ». En juillet, le décompte de 713 000 hectares consacrés à la culture du coton laissait même « présager d’une production record ».

Mais les « inondations et l’enherbement » de certaines parcelles en juillet-août conduisant à l’abandon de 15 000 hectares suivies d’une sécheresse limitant la pluviométrie à « 850 mm en août-septembre contre 950 mm » l’année précédente, conjugués à la « prolifération des ravageurs et des chenilles carpophages » sans oublier une invasion de « mouches blanches » ont anéanti ces espoirs.

La SOFITEX affirme que les plants de coton n’ont pas bénéficié partout d’une bonne « protection phytosanitaire  des cotonniers, au motif que des traitements effectués dans des conditions de stress hydrique peuvent avoir pour effet de brûler les cotonniers ».

Elle note une « diversité et une disparité des situations » selon les zones de production : « les zones de Faso Coton et de la SOCOMA ont été mieux arrosées » même si les précipitations ont été en baisse : -20% pour le Faso Coton et -6% pour la SOCOMA.

Selon l’Association Interprofessionnelle du Coton du Burkina (AICB), la baisse des rendements a été constatée dans d’autres régions et d’autres pays. La SOFITEX en conclut que ce ne sont pas ses engrais qui sont la cause de ces contreperformances. Les céréales ont d’ailleurs subi le même sort.

Afin de convaincre ses détracteurs, la SOFITEX détaille les processus de recherche et de tests qu’elle a mis en place : pesticides homologués et choisis par une commission tripartite réunissant l’Union Nationale des Producteurs de Coton du Burkina (UNPCB), la SOFITEX et l’Institut de l’Environnement et de Recherches agricoles du Burkina Faso (INERA), « suivi-contrôle rigoureux de la qualité des intrants commandés ». Pour la campagne 2017-2018,  201 échantillons d’engrais et d’insecticides ont été analysés et tous déclarés « conformes ». La SOFITEX va même jusqu’à donner la formule des engrais.

La SOFITEX ne se contente pas de vouloir rassurer les cotonculteurs, elle propose de demander aux banques de rééchelonner les crédits des producteurs de coton et exhorte ceux-ci à prendre une « assurance-récolte ». Elle fait enfin part d’un projet d’irrigation visant à mieux retenir l’eau : en 2018-2019, 200 nouveaux bassins doivent être construits.

Elle rappelle ses déboires avec le coton OGM de MONSANTO ayant entraîné un raccourcissement de la fibre et la perte du label du coton burkinabè et confirme ses contacts avec BAYER. Wilfried Aimé Yaméogo conclut son communiqué en rappelant que « l’activité agricole est tributaire de beaucoup d’aléas » et que cette campagne cotonnière « ne doit pas être considérée comme une fatalité ».

Reportage

LE COTON FAIT DE L’HUILE

Tout est bon dans le coton. La fleur donne les fibres, les graines se transforment en huile, les résidus forment un tourteau alimentaire pour le bétail et les déchets constituent le savon noir. La mauvaise récolte de coton de cet hiver impacte  particulièrement  les huileries.

Le hangar abrite l’usine

A une dizaine de kilomètres de Bobo à la sortie nord de la ville, route de Bama, au milieu d’une étendue de terre rouge se dresse majestueusement un hangar de couleur jaune surmonté d’une longue fumée noire.

Bâtie sur une superficie de 5 000 M2, c’est la Société générale alimentaire du  Faso (SOGAF), une huilerie créée en 2015 par Moctar  Salamatao. Une fois passé l’immense portail, le regard se porte sur les centaines de sacs blancs contenant les graines de coton, en partie recouverts de bâches orange.

Des montagnes de graines de coton

A gauche se trouve l’usine proprement dite, divisée en trois parties : la presserie, le dépôt fini et la raffinerie.

A droite en entrant, le bloc administratif  entouré de verdure abrite les bureaux de la direction. C’est là que nous reçoit Moctar Salamantao, gérant de l’usine.

Moctar Salamantao

Après nous avoir expliqué les difficultés qu’il a eues pour obtenir les autorisations administratives et les prêts bancaires, il nous précise que l’huile de coton est l’huile la plus consommée au Burkina Faso : « le pays compte environ 120 huileries qui ne suffisent pas à couvrir les besoins. Nous importons chaque année un million de litres d’huile de coton provenant du Niger, du Mali et de la Côte d’Ivoire, nous n’en avons pas suffisamment pour l’exporter ».

Sensible à la protection de l’environnement, Moctar nous explique que pour  la chaudière de l’usine il utilise des coques d’anacarde, ou noix de cajou, d’où la fumée noire, mais qui évitent l’emploi du bois et la déforestation.

Pour sa première année de fonctionnement, la SOGAF tablait sur 6 000 à 7 000 tonnes de graines, voire 10 000. Suite à la mauvaise récolte 2017-2018, la SOFITEX ne lui en a livré que 1 000 tonnes. S’il veut rentabiliser son usine, Moctar va devoir cette année acheter des graines de coton à la SOCOMA et à Faso Coton, voire au Bénin, ce qui lui coûtera beaucoup plus cher à cause du transport.

MOCTAR SALAMATAO

Les graines encore entourées de fibres sont acheminées par élévateur dans les trois pressoirs qui ont une capacité de 25 tonnes pour le premier, de 15 tonnes pour les deux autres.

IBRAHIM SANOU, chef de l’usine

Les pressoirs de l’huilerie

 

 

 

Les résidus des pressoirs constituent du tourteau compressé qui est mis dans des sacs de 100 kg. Cet aliment pour bétail est expédié en Mauritanie, au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Mali.

 

 

 

Les sacs de 100 kg de tourteau

L’huile pressée est envoyée dans des cuves souterraines pour décantation. Puis elle est lavée avec de la soude caustique et largement rincée. Ensuite elle passe par un extracteur d’odeur qui agit par centrifugeuse.

OUMAR SANOU, raffineur

Au cours du lavage, l’huile subit des tests de contrôle avec un révélateur pour voir s’il reste de la soude. Mais avant de la mettre dans des bidons en plastique de 20 litres, des prélèvements sont effectués sur chaque lot et analysés dans le laboratoire situé au premier étage.

 

 

L’huile est lavée 

à la soude caustique

puis rincée plusieurs fois

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des tests sont effectués pour vérifier la pureté de l’huile

Enfin les déchets sont utilisés pour fabriquer du savon noir.

Soucieux de préserver l’emploi de ses employés menacé par l’insuffisance de l’approvisionnement en graines, Moctar Salamatao freine la production de coton afin qu’elle s’étale sur plusieurs mois avec le risque que la graine durcisse et donne moins d’huile : 13 ou 14% du tonnage au lieu des 16% espérés.

MOCTAR SALAMATAO

En bref…

Le coton, appelé l' »or blanc » n’est cultivé de façon intensive au Burkina Faso que depuis les années 1920 sur ordre de l’administration coloniale.  Auparavant sa production était familiale, associée à la culture vivrière. L’instauration d’un « champ collectif obligatoire » et le travail forcé entraîneront même un exode des paysans vers la Gold Coast (futur Ghana).

Utilisé principalement pour la confection des pagnes, le coton a également servi autrefois de monnaie d’échange sous la forme de bandes tissées.

Quelques chiffres: 300 tonnes en 1924, 3 528 tonnes en 1925, 6 238 tonnes en 1926… 36 000 tonnes en 1970, 151 259 tonnes en 1990 (source: Institut français de recherche scientifique pour le développement en coopération), 731 000 tonnes en 2018 dont 563 000 pour la zone couverte par la SOFITEX.

 

 

LA CULTURE BURKINABE DANS TOUS SES ETATS

LA SEMAINE NATIONALE DE LA CULTURE VEUT EVITER LES CONFLITS

Comme tous les deux ans, la 19ème édition de la Semaine Nationale de la Culture (SNC) se tient du 24 au 31 mars 2018 dans la capitale culturelle du Burkina Faso Bobo-Dioulasso. Cette édition est particulière, elle est marquée par plusieurs évolutions. De manière officielle, les compétitions de danses traditionnelles ont été annulées pour éviter la concurrence ethnique. Au niveau de la mairie, les masques traditionnels seront de sortie plus longtemps que les éditions précédentes. La volonté est bien de sensibiliser la population aux valeurs traditionnelles du pays, comme en témoigne le thème choisi : « la sauvegarde des valeurs culturelles, enjeux et défis ». Un critique d’art nous éclaire sur ces problématiques : il appelle la jeunesse à un sursaut culturel.

Dossier réalisé par Zida Benjamin Tegawendé (Radio Alliance Chrétienne à Bobo), Mahamadoun Guindo (Radio Issa ber à Niafunké), Fatalmoudou Traoré (Diiri FM à Diré), Aminata Sanou (L’Express du Faso à Bobo)

 SOMMAIRE

Ouverture de la SNC en diversité

La 19e édition de la SNC face à des défis croissants

« Il ne faut pas qu’on dorme sur notre potentiel culturel ». Interview d’Evariste Kombary, journaliste culturel et critique d’art

En bref…

Reportage

OUVERTURE DE LA SNC EN DIVERSITE : LES MASQUES A L’HONNEUR

Elle s’ouvre en grande pompe. La 19e édition de la Semaine nationale de la Culture rassemble des milliers de personnes, samedi 24 mars,  au stade Sangoulé Lamizana de Bobo-Dioulasso. Entre deux groupes de musique locaux, la cérémonie est ponctuée de discours, du premier ministre Paul Kaba Thieba et des parrains Mahamoudou Ouédraogo, ancien ministre de la Culture, Lassiné Diawara, président de la Chambre régionale de Commerce et d’Industrie de l’Ouest et Bourahima Sanou, maire de la ville.

 Ouverture officielle de la SNC au stade Sangoulé Lamizana

Après ces discours, place au défilé culturel qui se déroule en deux parties. Les treize régions du Burkina Faso s’exposent au public à travers des danses, musiques ou costumes traditionnels, caractéristiques de leur communauté.

                La mascotte de l’édition 2018

Ensuite, les quinze villages des Hauts Bassins présentent  leurs masques, leurs marionnettes et autres coutumes. Le public attendait avec impatience la venue des masques : sans laisser voir de visage, ils dansent au rythme des tambours, des flûtes et des chants traditionnels. Les masques ont un rôle de transmission de valeurs. Ils sortent habituellement lors des funérailles, ils symbolisent l’âme du défunt.

La parade multicolore des masques

Pendant une demi-heure, le public se montre enthousiaste, chaque prestation est ponctuée d’applaudissements qui résonnent dans tout le stade à ciel ouvert. La prestation la plus ovationnée est celle de la troupe de l’Institut des Jeunes sourds du Faso qui en profite pour faire passer son message : « La surdité n’est pas une fatalité ».

Les sourds affirment leur identité

Pour cette 19e édition, 1 287 participants sont au rendez-vous, des compétiteurs venus de tout le pays pour représenter les cinq catégories et disciplines du Grand Prix national des Arts et Lettres.

Des habitués se déplacent comme pour chaque édition. C’est le cas d’Aboubacar qui vient de Ouagadougou depuis une vingtaine d’années. Pour lui, il est essentiel que la jeunesse s’approprie sa culture et vienne faire un tour à cette semaine culturelle africaine:

Mais la cérémonie  accueille également de nouveaux venus de pays voisins. Fatou a fait la route depuis Dakar. Elle est elle-même directrice du festival national des Arts et de Culture du Sénégal (FESNAC). Elle n’avait jamais assisté auparavant à la SNC. Pour elle, il est essentiel de « sauvegarder le patrimoine culturel du pays, seule richesse qui reste à l’Afrique aujourd’hui ».

Un propos intéressant qui fait écho au thème de cette 19e édition : « la sauvegarde des valeurs culturels : enjeux et défis ». Cette édition appelle donc des changements.

Analyse

LA 19e EDITION DE LA SNC FACE A DES DÉFIS CROISSANTS

 Cette 19e édition ne ressemble pas tout à fait aux précédentes. En effet, deux changements officiels ont lieu cette année. Le premier concerne l’annulation des compétitions de danse et chants traditionnels. Cette décision résulte de la prise de conscience qu’il ne faut plus mettre en concurrence les différentes ethnies, comme l’explique le Directeur régional chargé de la culture des arts et du tourisme dans les Hauts Bassins, Frédéric Niamba :

Le deuxième changement est lié au choix du port du Koko Dunda, le pagne traditionnel tissé par les artisanes de Bobo-Dioulasso.

 

La mairie s’est impliquée  davantage cette année par la création d’une tribune de masques, en organisant une danse des masques pendant deux jours. Alain Sanou, quatrième adjoint au maire est chargé de ce dossier :

 

Une volonté est également affichée pour en finir avec l’industrie étrangère qui fait de l’ombre aux produits artisanaux. Alain Sanou :

 

Mais le principal défi de cette édition tient à son thème. Parler de « sauvegarde des valeurs traditionnelles » n’est pas anodin. Il semblerait que la jeunesse burkinabè ne s’approprie plus les valeurs culturelles traditionnelles.

 

Joseph Sanou est le chef coutumier de Kibidoue/ Dioulasso-Ba :

Le ministre de la Culture Abdoul Karim Sango lui-même ne dit pas autre chose, lors de la cérémonie d’ouverture: « une crise des valeurs traditionnelles frappe la jeunesse. Le pays assiste à un effritement du tissu social et une disparition des savoir-faire ancestraux. » Il appelle même à un « sursaut salvateur » pour sauver la culture.

Mais des artistes persistent à croire qu’il est possible de revisiter l’art traditionnel. C’est le cas des frères Ouattara qui inaugurent le 25 mars une exposition de leurs œuvres à la Villa Rose. Leur travail consiste à copier des masques anciens pour les détourner, selon leur imaginaire.  Eux aussi conseillent aux jeunes de rester sur leurs gardes quant à la modernisation de la société :

 

A travers cette 19e édition de la SNC, il semble que ces défis soient compris et pris en main par les divers acteurs, qu’ils soient institutionnels, politiques ou artistiques.

 Interview

ÉVARISTE KOMBARY: « IL NE FAUT PAS QU’ON DORME SUR NOTRE POTENTIEL CULTUREL »                                                     

 

 

Evariste Kombary est journaliste culturel et critique d’art. Son expérience lui permet de parler des défis de la culture au Burkina Faso aujourd’hui.

 

 

 

 

Que pensez-vous de la suppression des compétitions de danses et chants traditionnels ?

Je la désapprouve totalement. Depuis la création de la SNC il y a deux tendances : ceux qui estiment qu’on ne doit pas noter et comparer des cultures et il y a ceux comme moi qui pensent qu’on ne compare pas les cultures mais les troupes. Depuis la première édition on parle de liberté, de fraternité, on aspire à être une nation. Les compétitions permettent cela et amène les burkinabè à faire sens autour de la culture. Cela permet aussi aux troupes traditionnelles de se vendre. Sans compétition, il n’y a pas de stimulants.

Est-ce que vous pensez que notre richesse culturelle est menacée ?

 Elle n’est pas si menacée que cela mais il y a des petites richesses qui sont en train de disparaître. Par exemple, dans certaines régions, certains pas de danse commencent à être oubliés. Mais aussi le savoir-faire artistique ; dans certaines régions les gens ne savent pas comment fabrique un tam-tam ! Alors que c’est ça qui fait la richesse de notre pays. Et si tu veux revenir dans la compétition tu es obligé de savoir fabriquer un tam-tam. Cela pousse les gens à revenir chaque année. En tant que burkinabè on arrive quand même à faire des choses liées à la culture, mais il n’empêche que le thème nous dit : « attention, il ne faut pas qu’on dorme sur notre potentiel culturel ». Il y a des jeunes qui ne s’intéressent plus à cela donc ce thème interpelle, car ils sont notre relève.

 Quels sont les autres défis auxquels notre culture est confrontée ?

 Aujourd’hui le défi essentiel est la diffusion des arts : il faut des salles de spectacle. En Côte d’Ivoire ils ont fait un Marché des Arts et du Spectacle (MASA) à Abidjan, ils ont une Maison de la Culture plus grande que la nôtre. A Ouagadougou, c’est la Maison du Peuple qui accueille les spectacles mais elle n’est pas confortable.  Il y a bien une Maison de la Culture à Bobo mais elle est inaccessible, trop chère. Il faut multiplier des salles culturelles dans chaque région. Mais il faut aussi professionnaliser le secteur de l’art. Beaucoup de gens ne considèrent pas leur art comme un vrai métier. En Afrique, tout parle de la culture. Celui qui oublie sa culture est un homme perdu.

En bref…

A quoi correspond le sigle SNC ?

Il s’agit de la Semaine Nationale de la Culture. C’est une biennale culturelle et pluridisciplinaire organisée par l’Etat burkinabè depuis 1983, initiée par Thomas Sankara. Initialement elle avait lieu chaque année dans une ville différente du pays avant d’avoir lieu, depuis 1990, tous les deux ans à Bobo-Dioulasso, qui devint grâce à cela capitale culturelle du pays.  Cette manifestation a pour objectifs de revaloriser le patrimoine culturel mais aussi de renforcer la coopération culturelle internationale.