CÉSARIENNES: LE BURKINA FASO CHERCHE A RATTRAPER SON RETARD

Avec  2% de césariennes, le Burkina Faso se place loin derrière de nombreux pays mais en mettant en place un meilleur dépistage, en facilitant l’accès aux soins par leur gratuité et le développement de structures de proximité, il compte bien offrir une césarienne à toutes les femmes qui en ont besoin, ainsi que le préconise l’OMS

Enquête. LA CÉSARIENNE: UN MAL NÉCESSAIRE

Au centre hospitalier régional (CHR) Souro Sanou, au cœur de Bobo-Dioulasso, les femmes enceintes attendent patiemment dans la cour qui sert de salle d’attente. Il fait partie des établissements de la Région des Hauts-Bassins qui pratiquent des césariennes.

La salle d’attente de l’hôpital Souro Sanou

Dans une chambre, elles sont trois à avoir subi cette opération et se reposent sans leur bébé. L’une d’entre elles souffre vraiment. Elle n’arrive pas du tout à supporter la douleur. Yéli Bienvenue Kam, 36 ans, qui accepte de répondre à nos questions est plus en forme. Avec des mots simples et beaucoup d’émotion, elle raconte ce qu’elle a vécu la veille. Pour elle comme pour les autres, la césarienne était le seul moyen de mettre au monde un enfant.

Ci-dessous, l’interview de Yéli Bienvenue Kam

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La césarienne est une des interventions chirurgicales les plus pratiquées au monde. Selon les statistiques du Ministère de la Santé du Burkina Faso, l’augmentation du nombre de césariennes a été constante et régulière entre 2000 et 2014. Durant cette période, on est passé de 2 365 à 19 081 césariennes, soit une progression de 0,5% à 2% du nombre total d’accouchements, un taux qui varie selon les zones d’habitation.

Limiter les risques

Il y a quinze ans, la plupart des césariennes avaient lieu dans les centres hospitalo-universitaires (CHU). Aujourd’hui, la tendance s’est complétement inversée puisque 52% des césariennes sont réalisées dans les hôpitaux de district (HD), 25% dans les CHU et 23% dans les CHR. Cette forte concentration dans les HD s’explique par la volonté politique de rapprocher les populations des structures sanitaires afin de promouvoir une prise en charge rapide de qualité, de réduire le plus possible les déplacements des femmes enceintes et donc de limiter d’autant les risques de complication.

Le dépistage des grossesses à risque est effectué dans les Centres de santé et de promotion sociale (CSPS) ainsi que nous l’explique Adama Dao, maïeuticien au CSPS de Dogona. Il pratique les accouchements par voie basse, comme les sages-femmes, mais non les césariennes. Il estime que l’augmentation du nombre de césariennes est survenue « de façon empirique ». Selon lui, il y a plus de césariennes parce qu’il y a plus de femmes enceintes.

Ci-dessous, l’interview de Adama Dao

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Une « épidémie » mondiale

Cette augmentation spectaculaire du nombre de césariennes est-elle inquiétante ou au contraire rassurante ? Correspond-elle à une aggravation des pathologies liées à la grossesse, à un phénomène de mode, à un désir de mieux sécuriser les accouchements ou simplement à un meilleur dépistage de l’état des patientes qui nécessite cette intervention chirurgicale ?

Pour le savoir, il faut déjà comparer ce taux de 2% de césariennes pratiquées au Burkina Faso à celui des autres pays. D’après l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) qui parle d’ « épidémie », le nombre de césariennes explose littéralement dans le monde. En Europe, elles constituent 23% des accouchements, 35 % dans les Amériques, 24,5% dans le Pacifique Ouest, 8,8% en Asie du Sud-Est et 3,8% en Afrique. En Chine et au Brésil, un accouchement sur deux se fait par césarienne.

40% des femmes accouchent encore chez elles

Le Burkina Faso est donc loin derrière, même si la gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants, effective depuis 2016, devrait faciliter l’accès aux actes médicaux et chirurgicaux.

Le Dr. Hermann Ouattara, gynécologue-obstétricien et chef de service au Centre médical avec antenne chirurgicale (CMA) de Dô, déplore qu’environ 40% des femmes accouchent encore chez elles, sans assistance.  Son objectif, comme le préconise l’OMS, est que toutes les femmes qui ont besoin d’une césarienne puissent en profiter.

 

Ci-dessous, l’interview du Dr. Hermann Ouattara

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Dans les cliniques privées, la césarienne a en revanche un certain prix, elle est donc réservée aux classes aisées. Elle pourrait vite faire l’objet d’abus pour des raisons strictement financières, comme le dénonce l’OMS.

Selon l’OMS, 10 à 15% des grossesses devraient donner lieu à une césarienne. Au-dessous de 10%, les experts estiment que la mortalité néonatale et maternelle diminue au fur et à mesure que le taux de césariennes augmente. Au-dessus de 10%, on ne constate plus de réduction de cette mortalité. Cela signifie qu’au-delà d’un  certain seuil, les bénéfices ne sont plus vraiment réels et que les accouchements par césarienne répondent plus à un souhait de programmer cette intervention pour un meilleur confort des patientes… mais surtout des obstétriciens.

Kadia Mahamane (Radio Bouctou, Tombouctou), Louiji Konaté (Radio municipale de Sya, Bobo-Dioulasso), Mohamed Almahadi Touré (Radio Hondou FM, Goundam), Dieudonné Sou (Radio Alliance Chrétienne, Bobo-Dioulasso)

EN BREF

C’est quoi une césarienne ?

C’est une intervention  chirurgicale, programmée ou non, visant à extraire un bébé après incision de l’utérus. Elle est réservée aux grossesses à risque et se pratique sous anesthésie régionale, rachianesthésie ou péridurale

D’où vient ce nom ?

Du mot latin caesar qui signifie enfant né par incision. L’empereur Jules César s’appelait ainsi en tant que descendant d’un homme né par césarienne. La première césarienne connue et réussie sur une femme vivante remonte à 1500. Jusqu’alors, l’enfant était parfois sauvé mais les mères mouraient toujours.

Est-ce une intervention fréquente ?

Oui, c’est une des interventions les plus fréquentes au monde mais son taux varie selon les pays. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), il atteint 23% des grossesses en Europe, 35% dans les Amériques, 24,1% dans le Pacifique Ouest, 8,8% en Asie du Sud-Est et 3,8% en Afrique. Au Brésil et en Chine, un accouchement sur deux se fait par césarienne. Mais au Burkina Faso, le taux ne dépasse pas 2%.

Y a-t-il des complications ?

Les complications sont trois fois plus fréquentes avec une césarienne qu’avec un accouchement par voies naturelles. Elles surviennent dans 5 à 10% des cas. Elles sont principalement dues à des infections, des problèmes de coagulation qu’on peut traiter préventivement avec des anticoagulants, à des lésions touchant d’autres organes et des hémorragies. La mortalité est de deux à onze fois plus élevée que dans les accouchements normaux.

Existe-t-il d’autres effets ?

Selon une étude publiée dans les Dossiers de l’obstétrique en 2001, trois mois après une césarienne, 65% des femmes estiment ne pas être remises de l’opération. Elles ressentent de la fatigue, souffrent de maux de dos et de tête, ont des problèmes de sommeil et de dépression.

Quels avantages présente la césarienne ?

Elle permet à des enfants de naître lorsque les voies naturelles sont obstruées, quand ils sont trop gros ou que la mère a un bassin trop étroit ou encore quand elles souffrent de certaines pathologies. Dans les pays en voie de développement, 8% des femmes enceintes meurent d’arrêt du travail et 12% d’éclampsie, due à une hypertension artérielle. Elles auraient pu être sauvées si elles avaient bénéficié d’une césarienne.

Photos : stagiaires et Olivier Gros-Chevallier