Élections municipales à Bobo-Dioulasso : l’affluence n’est pas au rendez-vous

Ce dimanche 22 mai 2016, 813 610 électeurs bobolais  sont invités à choisir 203 conseillers  

Il est 6 heures tapantes. Koko, secteur 4 de Bobo Dioulasso, deuxième ville du Burkina Faso. Dans les locaux de l’action sociale de l’école, deux bureaux de vote ont été installés à ciel ouvert, dans la cour, les salles de classes étant prises pour des concours. Les délégués dépêchés par les partis politiques sont déjà là. « Il n’y a pas assez de tables et de chaises pour travailler », déplore Fatoumata Traoré, présidente du bureau n°2. Seulement deux chaises, une pour la secrétaire et une pour le scrutateur. Les autres restent debout ou bien se débrouillent pour récupérer des tables et des bancs de classe.

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A 6 h du matin, tout est déjà prêt

Le décor est planté.  Des cris d’oiseaux brisent le silence. Une femme, la trentaine, modestement vêtue, avance vers les agents du bureau de vote numéro 1. Elle s’appelle Natogoma Sanou et vote pour qu’il y ait une amélioration des conditions de vie : « La jeunesse a compris qu’il faut un changement. Ce changement va se faire grâce à la sensibilisation », espère-t-elle. Il est presque 6h30 et ce bureau enregistre sa première électrice.

Des militaires assurent la garde

Cependant d’autres électeurs arrivent au compte-gouttes,  après la prière du matin à la mosquée du quartier.

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Les journalistes sont au travail

A quelques mètres de là, des observateurs et aussi des militaires assurent la garde. Tenue militaire kaki, kalachnikov en bandoulière. Cigarettes au bec. Une façon de passer le temps. Certains sont même dans les bras de Morphée. Visiblement ils ne sont pas sous pression. Pourtant tout danger n’est pas écarté : dans neuf villes du Burkina Faso, le scrutin ne peut se dérouler à la suite de violences commises à l’encontre des agents de la Commission électorale locale indépendante (CELI) et chacun sait que ces élections municipales, les premières depuis la chute de Blaise Compaoré, représentent un enjeu important dans un contexte fragile. Le souvenir de l’attentat perpétré contre l’Hôtel Splendid à Ouagadougou en janvier dernier reste présent à l’esprit. Quinze partis et formations sont en lice à Bobo-Dioulasso, quatre-vingt-cinq dans tout le pays.

Il est 7h30. L’affluence n’est toujours pas au rendez vous.

Des jeunes jouent au foot

Dans un autre centre de Koko, proche du premier, l’école Centre B abrite également deux bureaux de vote. Ceux-ci sont organisés à l’intérieur. Dans la cour, une vingtaine de jeunes gens jouent au foot. Ils n’ont visiblement pas la tête aux élections. Parmi eux, Patrice, gérant d’une station d’essence, explique pourquoi il refuse de voter : «Ce sont toujours les mêmes têtes, les mêmes problèmes, pas de changement. Le problème, ce n’est pas les politiciens corrompus, mais les électeurs qui continuent de voter pour eux. A quoi ça se sert de voter ? ».

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La cour est quasi-déserte

Quelques minutes plus tard,  un homme de 76 ans entre dans la cour. Il s’adresse aux journalistes présents pour demander où se trouve son bureau de vote. « Je souhaite que tout le monde vote. Il faut éviter les conflits pendant les élections. C’est en votant qu’on peut obtenir le changement. Chaque fois qu’il y a des élections, je vote », affirme-t-il.

M. Sanou, 76 ans, invite les jeunes a voter

 

 

 

M. Sanou, 76 ans, invite les jeunes à voter

 

 

 

11h : les électeurs ne répondent toujours pas à l’appel.

Chaleur suffocante

Les bureaux de vote ont l’allure d’un marché déserté un jour de fête. Presque pas de votants en vue. Les militaires, eux, sont toujours visibles dans la cour. Aucun bureau n’a encore atteint les 30 % d’électeurs. La chaleur suffocante accable la dizaine de délégués et d’agents de la CELI dans les bureaux sans climatisation. Pourtant il faut aller jusqu’au bout.

18 h : retour dans les locaux de l’action sociale de la première école. Les deux présidents donnent l’ordre d’arrêter les opérations. Mais deux dames avancent. Elles se dirigent vers un bureau. C’est la malchance !!!! « Vous ne pouvez plus voter », leur lance un agent du bureau numéro 2.Visiblement frustrées, les deux dames retournent chez elles sans accomplir leur devoir citoyen. L’une d’elles raconte  qu’elle a fait le tour de plusieurs bureaux de vote de la ville avant de trouver le sien.

Abstention record

A 18 h 03, le dépouillement commence. Chaque délégué suit minutieusement le décompte des voix. Certains filment même  l’opération de bout en bout avec leur Smartphone. Le suspense se lit sur les visages. Chaque délégué se demande quel parti sera en tête.

Le depouillement sera rapide      Le dépouillement sera rapide

Pendant le décompte, trois partis politiques reviennent tout le temps : l’UNIR/PS, Le MPP, L’UPC. Cependant personne ne pourra véritablement parler de victoire puisque le taux d’abstention dépassera 60%. Après 27 ans de pouvoir sans partage de Blaise Compaoré, une rébellion, un gouvernement de transition, une tentative de coup d’état et l’ascension d’un nouveau président, ces élections sont un test pour le nouveau régime et pour la démocratie.

Alhousseini Alhadji (Radio Jamana de Tombouctou)

Oumar Traoré (Radio Ahmadiyya de Bobo-Dioulasso)

Reportages audio de Kadia Mahamane Touré ( Radio Bouctou à Tombouctou) et Moussa Sanou (Radio Alliance Chrétienne à Bobo-Dioulasso)

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