Prévention du paludisme : un combat sans fin

365 jours sur 365, le centre de soins de Lafiabougou lutte contre ce fléau qu’est le paludisme en distribuant conseils, médicaments et moustiquaires

Lafiabougou, quartier excentré de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso. Dans la large rue en terre rouge, des tas d’immondices gâchent le paysage. Le bêlement des moutons se mêle aux cris des enfants qui sortent de l’école. En face se trouve le Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) du quartier. La vaste cour est parsemée de sachets en plastique jetés ci et là à côté de poubelles non utilisées. Des déchets biomédicaux s’entassent dans un incinérateur à la vue de tout le monde. Allongé sur une chaise en bambou, profondément endormi, un homme  garde la cour. A droite, un bâtiment bas abrite le centre de soins.

L'infirmier prend la tension dans la salle d'attente                   Dans la salle d'attente, les femmes patientent des heures

Les premiers soins sont dispensés dans le couloir-salle d’attente

Le couloir transformé en salle d’attente déborde de femmes et d’enfants, ces derniers assommés par la fièvre ou accrochés aux pagnes de leur mère. C’est là que sont pris en charge les malades du paludisme.

Moustiquaires imprégnées

«Le paludisme est le premier motif de consultation. En 2015 nous avons traité 11 258 cas sur 26 853 consultations, soit 41,92% de celles-ci », précise Issa Djerma, infirmier et responsable du centre. Dans son petit bureau encombré de papiers, il est constamment dérangé mais il répond invariablement et patiemment : « revenez dans cinq minutes ».

Idrissa B. Soma veille sur les vaccins             Issa Djerma, infirmier, dirige le centre

Idrissa Soma veille sur les vaccins tandis que Issa Djerma dirige le centre

Le paludisme, dû à un parasite véhiculé par les moustiques, tue encore chaque année 600 000 personnes dans le monde. Le Burkina Faso enregistre sept millions de crises par an, ce qui a conduit l’Etat à entreprendre une véritable politique de prévention. « Tous les trois ans, les autorités organisent une distribution gratuite de moustiquaires imprégnées. La première a eu lieu en 2013 et nous lançons la seconde. Il y a une moustiquaire pour deux personnes », poursuit M. Djerma. Cette politique a porté ses fruits puisque le nombre de cas graves a diminué.

Tests rapides

La prévention du paludisme ne s’arrête pas là. Dans ce centre où les infirmiers contrôlent la tension des patients au milieu des autres, dans un brouhaha que ne trouble même pas la télévision accrochée au mur, les conseils en matière d’hygiène sont constants, délivrés par le personnel aussi bien que par des illustrations sous forme de bande dessinée. « Il faut être propre, ne pas garder des eaux stagnantes à l’air libre, mettre une crème anti-moustiques et habiller entièrement les bébés », souligne Issa Djerma.

Bibata Sankara, accoucheuse auxiliaire

Bibata Sankara, accoucheuse auxiliaire

La prévention va d’avant la naissance jusqu’à la mort puisque les femmes enceintes bénéficient d’un traitement préventif. La première prise se fait au centre, sous surveillance, et elles doivent revenir ensuite pour les prises suivantes. Au service de protection maternelle et infantile, le personnel est particulièrement attentif. « Lorsqu’un enfant est fiévreux, nous le renvoyons en consultation », indique Bibata Sankara, accoucheuse auxiliaire. Le centre dispose de tests rapides permettant d’établir un diagnostic. Tout le personnel est d’accord sur ce point : les femmes sont conscientes de la gravité du paludisme et de l’importance de la prévention. Elles acceptent volontiers conseils et traitements, ce qui prouve qu’elles ont compris que le paludisme ne relève pas de la sorcellerie.

Toilettes repoussantes

Dans un coin de la cour, la pharmacie est tenue par Bintou. Le local, pas même réfrigéré, comprend une banque et quelques étagères peu garnies.

la pharmacie du centre sous la surveillance de Bintou

La pharmacie est sous la surveillance de Bintou

Un peu plus loin, la maternité est logée dans un petit bâtiment vétuste. On y accède par quelques marches sur lesquelles a été jetée une rampe en ciment. A l’intérieur, pas un bruit. A droite,  une pièce accueillant les sages-femmes et un stérilisateur à peine plus grand qu’un four à micro-ondes. En face de l’entrée, on aperçoit une salle de travail où une femme accroupie souffre en silence et au fond de laquelle se trouvent des toilettes repoussantes.

Pause devant la maternite

La maternité abrite près d’un millier d’accouchements par an

A gauche, un petit couloir mène à deux chambres vides réservées aux suites de couches. Elles sont encombrées de lits en fer – trois par chambre – surmontés de matelas en plastique déchiré. De l’ensemble se dégage une impression de tristesse renforcée par la couleur marron des murs. La visite de la maternité se termine dans un bureau administratif servant à la fois de salle d’examen.

Gratuité des soins

C’est là qu’officie Sylviane Zongo, sage-femme. On la reconnaît à sa blouse rayée blanc et rose qui la différencie des accoucheuses vêtues de blouses roses.

Sylviane Zongo, sage-femme

Sylviane Zongo, sage-femme, craint une pénurie de médicaments

« Nous assurons 60 à 100 accouchements par mois. Les locaux sont exigus, l’intimité de la femme n’est pas respectée, d’autant plus que les visiteurs entrent sans se gêner dans la salle de travail ». Comme dans de nombreux centres, le CSPS de Lafiabougou manque de matériel. Mais la situation s’est aggravée depuis l’instauration, le 2 avril 2016, de la gratuité des soins et des médicaments pour les femmes enceintes et les enfants jusqu’à l’âge de cinq ans. « La fréquentation du centre a augmenté mais nous n’avons pas été consultés et la population n’a pas été sensibilisée, ce qui fait que chaque soir, les femmes du quartier se donnent rendez-vous dans la cour pour réclamer des médicaments sans en avoir besoin. Si nous les leur refusons, cela peut entraîner des violences verbales. Si nous leur cédons, j’ai peur que nous manquions bientôt de médicaments ».

Aminata Sanou (L’express du Faso à Bobo-Dioulasso)

Dieudonné Sou (Radio Alliance Chrétienne à Bobo-Dioulasso)

Reportage audio de Fatamouldou Traoré (Radio Diiri de Diré) et Safiatou Ouédraogo (Radio municipale de Sya)

Une équipe de 38 personnes

Créé en 1990, le Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) de Lafiabougou a été conçu pour un quartier peu peuplé qui s’est considérablement développé depuis. Ce centre est l’un des neuf CSPS du district de Do.

Il se compose d’une structure de soins comprenant un centre de vaccination, un centre de planning familial, un service de protection maternelle et infantile (PMI), d’un dépôt pharmaceutique ainsi que d’une maternité. Son équipe comprend trois infirmiers d’Etat, quatre sages-femmes, six infirmiers brevetés, seize accoucheuses auxiliaires et neuf agents itinérants de santé (AIS), soit un total de trente-huit professionnels.

Dirigé actuellement par un infirmier d’Etat, le centre doit prochainement devenir centre médical avec à sa tête, un médecin.

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