Décharge au cœur de Koua : voyage au pays des immondices

Vieux village bobo, Koua, situé sur la route de Ouagadougou à proximité du rond-point de la femme, est confronté à un énorme problème d’insalubrité qui pollue la vie de ses habitants

A droite du feu tricolore, lorsque le visiteur s’engage dans la rue cabossée et poussiéreuse bordée de petites boutiques traditionnelles, il est saisi par une odeur persistante qui l’accroche et l’accompagnera tout au long de son périple.

Les ordures cotoient les habitations

Les ordures côtoient les habitations

Au bout de ce chemin, une immense étendue d’ordures en plein air barre le passage. C’est le début du voyage au pays des immondices. Des sacs en plastique, des déchets ménagers, des seringues, des lames, des morceaux de verres cassés et tout un tas de détritus jonchent le sol à perte de vue.

Disparition des poissons sacrés

Au bord des trous géants qui ont jadis servi à la fabrication de briques, sont construites des maisons d’habitation. Pieds nus, les enfants jouent au milieu des détritus. Ils ont même installé une aire de jeu faite de sciure. Dans ce paysage modeste, des femmes accompagnées de leurs filles ramassent des plastiques. La décharge de Koua crée ainsi un environnement insupportable pour les habitants du quartier.

Les enfants jouent pieds nus dans la decharge

Les enfants jouent pieds nus dans la décharge

Issiaka Sanon est le vice-président du Mouvement des Jeunes en Vert. Ce mouvement lutte auprès de la population de Koua depuis cinq ans environ pour faire disparaître ce fléau de son cadre de vie. Issiaka Sanou confie que la décharge est facteur de beaucoup de maux : « Le vent transporte souvent les sachets en plastique dans le marigot où se trouvent les poissons sacrés. Ces sachets étouffent les  poissons  et ils meurent. Sans oublier le poison des déchets qui se déversent dans le marigot et tue de centaines de poissons sacrés ».

Issiaka Sanou explique qu’ils ont essayé d’interdire à la population de déverser leurs ordures à cet endroit. Malheureusement certaines personnes continuent à se débarrasser de leurs détritus la nuit tombée.

Le vice-president et le president du Mouvement des Jeunes en Vert
Le président et le vice-président du Mouvement des Jeunes en Vert

Depuis plus de trente ans

Le chef de terre de Koua, Georges Sanon, de taille moyenne, barbu, la soixantaine environ, tient sa canne à la main. Il révèle que l’endroit constitue une grande gêne pour eux : « Quand il pleut, la voie devient impraticable, les gamins jouent dans les décombres ce qui est dangereux pour leurs santé ».  A en croire le chef de terre, ils ont fait une demande à la municipalité pour qu’elle les aide à repousser les ordures dans des trous géants pour  les fermer. Cependant au lieu de cela, un camion-benne transporte souvent les débris ailleurs.

Un camion-benne deverse les dechets ailleurs

Un camion-benne déverse les déchets ailleurs

Aussi indignée que les autres riverains par cet espace immonde, Awa Sidibé lance : « Cette décharge existe depuis plus de trente ans. Nous sommes embarrassés par cette souillure. Lorsqu’il pleut l’eau transporte les ordures jusque dans nos cours. On ne peut pas respirer quand on y met le feu. Nos petits rapportent toutes sortes  d’ordures, des perfusions, seringues, lames et des aliments avariés. Nous sommes en permanence  à l’hôpital avec eux ». Cette mère de famille demande aux autorités de faire garder le secteur pour que personne ne puisse encore vider sa poubelle à cet endroit.

Les chevres avalent des sacs en plastique

Les chèvres avalent les sacs en plastique

Pendant que certains se battent pour sa disparition, la décharge procure à d’autres leur pain quotidien. C’est le cas de Rasmata, mère de deux enfants, qui se rend chaque jour accompagnée de sa fille et de son fils pour y ramasser du plastique qu’ils vont vendre au marché pour vivre.Tous les riverains sont consternés par leur situation. Cependant tous se posent la même question : que faut-il faire ? Certains tiennent l’Etat pour responsable de ce désastre écologique, dans la mesure où il n’a pas prévu un plan de gestion des déchets de leur quartier.

Agaïchatou Wt Hamada (radio Alkabar FM à Gourma Rharous)

Yéri Julienne Dah (radio LPC à Bobo-Dioulasso)

Reportages audio de Fatoumata  Niang (radio Issaber de Niafunké)  et de Romuald Dofini (radio municipale de Sya à Bobo-Dioulasso) avec et sans lancement.

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