Mise en avant

Édito

Six Bobo Info ont été réalisés entre 2009 et 2012 par des journalistes de Bobo-Dioulasso (Burkina Faso) encadrés par les formateurs de Reporters solidaires.  Le dernier numéro, rédigé en collaboration avec une dizaine de journalistes et animateurs radio de la Région de Tombouctou, traitait de la situation au Nord-Mali et des réfugiés maliens au Burkina Faso. Dans la lignée des six premiers numéros, voici Bobo Info 7 nouvelle formule.

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L’équipe rédactionnelle de Bobo Info 7

Réalisé cette fois par un nouveau groupe de neuf Maliens et onze Burkinabè, il rassemble des reportages écrits et audio ainsi que des photos sur un blog, plus souple, plus accessible et mieux adapté au monde médiatique d’aujourd’hui que le journal papier.

Mais si l’apparence change, le fond reste le même. La session d’aide à la formation qui s’est déroulée du 19 au 25 mai 2016 à Bobo-Dioulasso a débuté par une conférence-débats organisée dans les locaux du Conseil supérieur de la Communication (CSC) par l’association partenaire de Reporters solidaires, l’Union des journalistes, communicateurs et correspondants de presse des Hauts-Bassins (UJCP-HB), sur le thème « médias et prévention des conflits postélectoraux », actualité oblige. En effet les élections municipales, les premières depuis la chute de Blaise Compaoré, avaient lieu le dimanche suivant.

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Reportage dans un bureau de vote

C’est pourquoi, après l’étude des lois sur la presse, de la déontologie et de l’éthique, pour illustrer la partie pratique de la session consacrée au reportage, le premier choix s’est tout naturellement porté sur la couverture électorale. Deux équipes secondées par Abdoulaye Ouattara et Moussa Sanon, titulaires du Master 2 en journalisme de l’Institut de la Communication (ICOM) de l’Université Lumière-Lyon 2, ont investi les bureaux de vote dès 6 heures du matin.

Le lendemain, une troisième équipe a suivi les guides touristiques dans leur souhait de voir le Vieux Bobo restauré et inscrit au patrimoine de l’Unesco, une quatrième a accompagné Le Mouvement des Jeunes en Vert qui s’attaquent à l’improbable ramassage des ordures, tandis que la cinquième s’est rendue dans le centre de santé et de promotion sociale d’un nouveau quartier afin d’enquêter sur la prévention du paludisme.

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Interview d’une sage-femme sur la prévention du paludisme

Le reportage étant axé sur l’observation, il appartenait aux jeunes participants de rendre vivants ces cinq sujets, aussi bien à l’écrit qu’en audio. Un exercice difficile même pour les journalistes les plus chevronnés.

Voici le résultat de leur travail pour lequel ils se sont montrés comme toujours assidus et enthousiastes. Bravo à tous.

Christine Cognat

Présidente de Reporters solidaires

Élections municipales à Bobo-Dioulasso : l’affluence n’est pas au rendez-vous

Ce dimanche 22 mai 2016, 813 610 électeurs bobolais  sont invités à choisir 203 conseillers  

Il est 6 heures tapantes. Koko, secteur 4 de Bobo Dioulasso, deuxième ville du Burkina Faso. Dans les locaux de l’action sociale de l’école, deux bureaux de vote ont été installés à ciel ouvert, dans la cour, les salles de classes étant prises pour des concours. Les délégués dépêchés par les partis politiques sont déjà là. « Il n’y a pas assez de tables et de chaises pour travailler », déplore Fatoumata Traoré, présidente du bureau n°2. Seulement deux chaises, une pour la secrétaire et une pour le scrutateur. Les autres restent debout ou bien se débrouillent pour récupérer des tables et des bancs de classe.

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A 6 h du matin, tout est déjà prêt

Le décor est planté.  Des cris d’oiseaux brisent le silence. Une femme, la trentaine, modestement vêtue, avance vers les agents du bureau de vote numéro 1. Elle s’appelle Natogoma Sanou et vote pour qu’il y ait une amélioration des conditions de vie : « La jeunesse a compris qu’il faut un changement. Ce changement va se faire grâce à la sensibilisation », espère-t-elle. Il est presque 6h30 et ce bureau enregistre sa première électrice.

Des militaires assurent la garde

Cependant d’autres électeurs arrivent au compte-gouttes,  après la prière du matin à la mosquée du quartier.

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Les journalistes sont au travail

A quelques mètres de là, des observateurs et aussi des militaires assurent la garde. Tenue militaire kaki, kalachnikov en bandoulière. Cigarettes au bec. Une façon de passer le temps. Certains sont même dans les bras de Morphée. Visiblement ils ne sont pas sous pression. Pourtant tout danger n’est pas écarté : dans neuf villes du Burkina Faso, le scrutin ne peut se dérouler à la suite de violences commises à l’encontre des agents de la Commission électorale locale indépendante (CELI) et chacun sait que ces élections municipales, les premières depuis la chute de Blaise Compaoré, représentent un enjeu important dans un contexte fragile. Le souvenir de l’attentat perpétré contre l’Hôtel Splendid à Ouagadougou en janvier dernier reste présent à l’esprit. Quinze partis et formations sont en lice à Bobo-Dioulasso, quatre-vingt-cinq dans tout le pays.

Il est 7h30. L’affluence n’est toujours pas au rendez vous.

Des jeunes jouent au foot

Dans un autre centre de Koko, proche du premier, l’école Centre B abrite également deux bureaux de vote. Ceux-ci sont organisés à l’intérieur. Dans la cour, une vingtaine de jeunes gens jouent au foot. Ils n’ont visiblement pas la tête aux élections. Parmi eux, Patrice, gérant d’une station d’essence, explique pourquoi il refuse de voter : «Ce sont toujours les mêmes têtes, les mêmes problèmes, pas de changement. Le problème, ce n’est pas les politiciens corrompus, mais les électeurs qui continuent de voter pour eux. A quoi ça se sert de voter ? ».

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La cour est quasi-déserte

Quelques minutes plus tard,  un homme de 76 ans entre dans la cour. Il s’adresse aux journalistes présents pour demander où se trouve son bureau de vote. « Je souhaite que tout le monde vote. Il faut éviter les conflits pendant les élections. C’est en votant qu’on peut obtenir le changement. Chaque fois qu’il y a des élections, je vote », affirme-t-il.

M. Sanou, 76 ans, invite les jeunes a voter

 

 

M. Sanou, 76 ans, invite les jeunes à voter

 

 

 

 

11h : les électeurs ne répondent toujours pas à l’appel.

Chaleur suffocante

Les bureaux de vote ont l’allure d’un marché déserté un jour de fête. Presque pas de votants en vue. Les militaires, eux, sont toujours visibles dans la cour. Aucun bureau n’a encore atteint les 30 % d’électeurs. La chaleur suffocante accable la dizaine de délégués et d’agents de la CELI dans les bureaux sans climatisation. Pourtant il faut aller jusqu’au bout.

18 h : retour dans les locaux de l’action sociale de la première école. Les deux présidents donnent l’ordre d’arrêter les opérations. Mais deux dames avancent. Elles se dirigent vers un bureau. C’est la malchance !!!! « Vous ne pouvez plus voter », leur lance un agent du bureau numéro 2.Visiblement frustrées, les deux dames retournent chez elles sans accomplir leur devoir citoyen. L’une d’elles raconte  qu’elle a fait le tour de plusieurs bureaux de vote de la ville avant de trouver le sien.

Abstention record

A 18 h 03, le dépouillement commence. Chaque délégué suit minutieusement le décompte des voix. Certains filment même  l’opération de bout en bout avec leur Smartphone. Le suspense se lit sur les visages. Chaque délégué se demande quel parti sera en tête.

Le depouillement sera rapide      Le dépouillement sera rapide

Pendant le décompte, trois partis politiques reviennent tout le temps : l’UNIR/PS, Le MPP, L’UPC. Cependant personne ne pourra véritablement parler de victoire puisque le taux d’abstention dépassera 60%. Après 27 ans de pouvoir sans partage de Blaise Compaoré, une rébellion, un gouvernement de transition, une tentative de coup d’état et l’ascension d’un nouveau président, ces élections sont un test pour le nouveau régime et pour la démocratie.

Alhousseini Alhadji (Radio Jamana de Tombouctou)

Oumar Traoré (Radio Ahmadiyya de Bobo-Dioulasso)

Reportages audio de Kadia Mahamane Touré (Radio Bouctou à Tombouctou) et Moussa Sanou (Radio Alliance Chrétienne à Bobo-Dioulasso)

Élections municipales : après l’engouement, le désenchantement

217 conseillers doivent être élus dans sept arrondissements de Bobo-Dioulasso

Il est 5h55 au bureau de vote n° 4 de l’école centre B du premier arrondissement. Dans la cour c’est le calme total, la sécurité constituée de la gendarmerie et de la police est en place. Le bureau de vote est situé dans une salle de classe aménagée à cet effet. Le matériel se compose d’un isoloir dressé au fond de la salle, d’une urne transparente placée sur une table au centre, les bulletins de vote et les listes électorales attendent sagement sur les tables d’écolier.

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Installation dans une salle de classe

Quelque minutes  plus tard- il est 6 h – tous les membres du bureau de vote sont présents. En plus des représentants locaux de la Commission Electorale Nationale Indépendante(CENI), sept délégués de parti sur dix-sept sont déjà sur place. « Effectivement on a bien commencé à 6h mais il n’y a pas beaucoup de monde. C’est vrai que c’est le matin, on a à peine une dizaine de personne qui sont venues voter. Le matériel, on en a suffisamment, à part le code électoral qu’on n’a pas encore reçu. On nous a promis de l’envoyer d’ici peu. En ce qui me concerne, je pense que tout se déroule bien », confirme Mikailou Traoré, président du bureau de vote n° 4.

Les delegues des partis politiques en plein travail

Les délégués des partis politiques en observation

L’affluence n’est pas au rendez-vous

A 6h 06, les trois premières électrices apparaissent, toutes les trois habillées de pagne modeste. Elles sont venues en groupe accomplir leur devoir civique. « Je suis très contente d’être venue voter ce matin. Ma raison principale est de contribuer à un choix meilleur pour ma localité pour qu’il y ait un changement dans la gouvernance », affirme Abibata Sanon.  Le prochain électeur n’arrive que cinq minutes plus tard.

Jusqu’à 07h 30, l’affluence n’est pas au rendez-vous. Le constat est le même à l’école BOLOMAKOTE où Salif Soulama candidat du parti ADF RDA constate : « Les électeurs viennent au compte- gouttes mais on se rassure. D’ici la fermeture il y aura de l’affluence. Je suis très confiant, les gens ont une certaine conscience et un civisme parfait maintenant et ils nous promettent réellement de s’exprimer ».

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Les représentants de la CENI restent confiants

Le gouverneur de la région des Hauts-Bassins Antoine Atiou Arthur  est venu constater le déroulement du scrutin, accompagné d’une délégation. Après avoir effectué le tour de certains bureaux il déclare espérer une meilleure participation.

Espoir de changement

A 11h, dans les bureaux de vote, l’ennui se lit sur tous les visages. Dans la cour on entend les conversations de quelques journalistes mais également le bêlement des moutons attachés aux arbres dans les alentours. Les électeurs qui se sont déplacés affichent un air de confiance. Ils s’attendent à un vrai changement. Abdoul Aziz Dindane, un jeune à l’air fier explique : « Nous voulons que les élus mettent le problème de l’emploi des jeunes au cœur de leur programme, que le changement proprement dit s’effectue et que ces nouveau élus ne soient pas comme les précédents ».

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Moins de 30% des électeurs se sont déplacés

Les électeurs ayant accompli leur devoir de citoyen se réjouissent, car pour eux ces élections peuvent conduire à un véritable changement. « Vraiment je suis très satisfait, je ne m’attendais pas à ça, vu ce qui s’est passé, tu reviens, tu vois tout ça, tu vois que le travail nécessaire a été fait », poursuit Abdoul Aziz Dindane.

Appel à la radio

13 h : face à la réticence des électeurs à se déplacer, un appel est lancé sur plusieurs radios locales, notamment sur la radio LPC (Liberté de Parler et de Communiquer) où les avis des citoyens ayant constaté l’importance des abstentions passent en direct sur l’antenne.

Ces élections de proximité dans la commune de Bobo-Dioulasso sont en effet marquées par une faible participation des électeurs, comme partout dans le pays. En revanche, le scrutin se déroule dans le calme sans incident majeur.

Des delegues reclament un 2e decompte      Sur 411 inscrits, 113 votants

18 h : c’est l’heure de la fermeture. L’urne est à moitié pleine. Le président du bureau de vote casse les scellés, ouvre le récipient et renverse les bulletins sur la table. Il est entouré de témoins, des délégués de parti, du scrutateur et des journalistes. Le décompte est rapide : environ trente minutes. Sur 411 inscrits, 113 seulement ont voté.

Lassina Diarra (Le Quotidien à Bobo-Dioulasso)

Mohamed Almahadi Touré (Hondou FM à Goundam)

Reportages audio de Moussa Traoré (Radio Diiri de Diré) et Aboubacar Sanou (Radio Horizon FM à Bobo-Dioulasso)

Décharge au cœur de Koua : voyage au pays des immondices

Vieux village bobo, Koua, situé sur la route de Ouagadougou à proximité du rond-point de la femme, est confronté à un énorme problème d’insalubrité qui pollue la vie de ses habitants

A droite du feu tricolore, lorsque le visiteur s’engage dans la rue cabossée et poussiéreuse bordée de petites boutiques traditionnelles, il est saisi par une odeur persistante qui l’accroche et l’accompagnera tout au long de son périple.

Les ordures cotoient les habitations

Les ordures côtoient les habitations

Au bout de ce chemin, une immense étendue d’ordures en plein air barre le passage. C’est le début du voyage au pays des immondices. Des sacs en plastique, des déchets ménagers, des seringues, des lames, des morceaux de verres cassés et tout un tas de détritus jonchent le sol à perte de vue.

Disparition des poissons sacrés

Au bord des trous géants qui ont jadis servi à la fabrication de briques, sont construites des maisons d’habitation. Pieds nus, les enfants jouent au milieu des détritus. Ils ont même installé une aire de jeu faite de sciure. Dans ce paysage modeste, des femmes accompagnées de leurs filles ramassent des plastiques. La décharge de Koua crée ainsi un environnement insupportable pour les habitants du quartier.

Les enfants jouent pieds nus dans la decharge

Les enfants jouent pieds nus dans la décharge

Issiaka Sanon est le vice-président du Mouvement des Jeunes en Vert. Ce mouvement lutte auprès de la population de Koua depuis cinq ans environ pour faire disparaître ce fléau de son cadre de vie. Issiaka Sanou confie que la décharge est facteur de beaucoup de maux : « Le vent transporte souvent les sachets en plastique dans le marigot où se trouvent les poissons sacrés. Ces sachets étouffent les  poissons  et ils meurent. Sans oublier le poison des déchets qui se déversent dans le marigot et tue de centaines de poissons sacrés ».

Issiaka Sanou explique qu’ils ont essayé d’interdire à la population de déverser leurs ordures à cet endroit. Malheureusement certaines personnes continuent à se débarrasser de leurs détritus la nuit tombée.

Le vice-president et le president du Mouvement des Jeunes en Vert
Le président et le vice-président du Mouvement des Jeunes en Vert

Depuis plus de trente ans

Le chef de terre de Koua, Georges Sanon, de taille moyenne, barbu, la soixantaine environ, tient sa canne à la main. Il révèle que l’endroit constitue une grande gêne pour eux : « Quand il pleut, la voie devient impraticable, les gamins jouent dans les décombres ce qui est dangereux pour leurs santé ».  A en croire le chef de terre, ils ont fait une demande à la municipalité pour qu’elle les aide à repousser les ordures dans des trous géants pour  les fermer. Cependant au lieu de cela, un camion-benne transporte souvent les débris ailleurs.

Un camion-benne deverse les dechets ailleurs

Un camion-benne déverse les déchets ailleurs

Aussi indignée que les autres riverains par cet espace immonde, Awa Sidibé lance : « Cette décharge existe depuis plus de trente ans. Nous sommes embarrassés par cette souillure. Lorsqu’il pleut l’eau transporte les ordures jusque dans nos cours. On ne peut pas respirer quand on y met le feu. Nos petits rapportent toutes sortes  d’ordures, des perfusions, seringues, lames et des aliments avariés. Nous sommes en permanence  à l’hôpital avec eux ». Cette mère de famille demande aux autorités de faire garder le secteur pour que personne ne puisse encore vider sa poubelle à cet endroit.

Les chevres avalent des sacs en plastique

Les chèvres avalent les sacs en plastique

Pendant que certains se battent pour sa disparition, la décharge procure à d’autres leur pain quotidien. C’est le cas de Rasmata, mère de deux enfants, qui se rend chaque jour accompagnée de sa fille et de son fils pour y ramasser du plastique qu’ils vont vendre au marché pour vivre.Tous les riverains sont consternés par leur situation. Cependant tous se posent la même question : que faut-il faire ? Certains tiennent l’Etat pour responsable de ce désastre écologique, dans la mesure où il n’a pas prévu un plan de gestion des déchets de leur quartier.

Agaïchatou Wt Hamada (radio Alkabar FM à Gourma Rharous)

Yéri Julienne Dah (radio LPC à Bobo-Dioulasso)

Reportages audio de Fatoumata  Niang (radio Issaber de Niafunké)  et de Romuald Dofini (radio municipale de Sya à Bobo-Dioulasso) avec et sans lancement.

Prévention du paludisme : un combat sans fin

365 jours sur 365, le centre de soins de Lafiabougou lutte contre ce fléau qu’est le paludisme en distribuant conseils, médicaments et moustiquaires

Lafiabougou, quartier excentré de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso. Dans la large rue en terre rouge, des tas d’immondices gâchent le paysage. Le bêlement des moutons se mêle aux cris des enfants qui sortent de l’école. En face se trouve le Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) du quartier. La vaste cour est parsemée de sachets en plastique jetés ci et là à côté de poubelles non utilisées. Des déchets biomédicaux s’entassent dans un incinérateur à la vue de tout le monde. Allongé sur une chaise en bambou, profondément endormi, un homme  garde la cour. A droite, un bâtiment bas abrite le centre de soins.

L'infirmier prend la tension dans la salle d'attente                   Dans la salle d'attente, les femmes patientent des heures

Les premiers soins sont dispensés dans le couloir-salle d’attente

Le couloir transformé en salle d’attente déborde de femmes et d’enfants, ces derniers assommés par la fièvre ou accrochés aux pagnes de leur mère. C’est là que sont pris en charge les malades du paludisme.

Moustiquaires imprégnées

«Le paludisme est le premier motif de consultation. En 2015 nous avons traité 11 258 cas sur 26 853 consultations, soit 41,92% de celles-ci », précise Issa Djerma, infirmier et responsable du centre. Dans son petit bureau encombré de papiers, il est constamment dérangé mais il répond invariablement et patiemment : « revenez dans cinq minutes ».

Idrissa B. Soma veille sur les vaccins             Issa Djerma, infirmier, dirige le centre

Idrissa Soma veille sur les vaccins tandis que Issa Djerma dirige le centre

Le paludisme, dû à un parasite véhiculé par les moustiques, tue encore chaque année 600 000 personnes dans le monde. Le Burkina Faso enregistre sept millions de crises par an, ce qui a conduit l’Etat à entreprendre une véritable politique de prévention. « Tous les trois ans, les autorités organisent une distribution gratuite de moustiquaires imprégnées. La première a eu lieu en 2013 et nous lançons la seconde. Il y a une moustiquaire pour deux personnes », poursuit M. Djerma. Cette politique a porté ses fruits puisque le nombre de cas graves a diminué.

Tests rapides

La prévention du paludisme ne s’arrête pas là. Dans ce centre où les infirmiers contrôlent la tension des patients au milieu des autres, dans un brouhaha que ne trouble même pas la télévision accrochée au mur, les conseils en matière d’hygiène sont constants, délivrés par le personnel aussi bien que par des illustrations sous forme de bande dessinée. « Il faut être propre, ne pas garder des eaux stagnantes à l’air libre, mettre une crème anti-moustiques et habiller entièrement les bébés », souligne Issa Djerma.

Bibata Sankara, accoucheuse auxiliaire

Bibata Sankara, accoucheuse auxiliaire

La prévention va d’avant la naissance jusqu’à la mort puisque les femmes enceintes bénéficient d’un traitement préventif. La première prise se fait au centre, sous surveillance, et elles doivent revenir ensuite pour les prises suivantes. Au service de protection maternelle et infantile, le personnel est particulièrement attentif. « Lorsqu’un enfant est fiévreux, nous le renvoyons en consultation », indique Bibata Sankara, accoucheuse auxiliaire. Le centre dispose de tests rapides permettant d’établir un diagnostic. Tout le personnel est d’accord sur ce point : les femmes sont conscientes de la gravité du paludisme et de l’importance de la prévention. Elles acceptent volontiers conseils et traitements, ce qui prouve qu’elles ont compris que le paludisme ne relève pas de la sorcellerie.

Toilettes repoussantes

Dans un coin de la cour, la pharmacie est tenue par Bintou. Le local, pas même réfrigéré, comprend une banque et quelques étagères peu garnies.

la pharmacie du centre sous la surveillance de Bintou

La pharmacie est sous la surveillance de Bintou

Un peu plus loin, la maternité est logée dans un petit bâtiment vétuste. On y accède par quelques marches sur lesquelles a été jetée une rampe en ciment. A l’intérieur, pas un bruit. A droite,  une pièce accueillant les sages-femmes et un stérilisateur à peine plus grand qu’un four à micro-ondes. En face de l’entrée, on aperçoit une salle de travail où une femme accroupie souffre en silence et au fond de laquelle se trouvent des toilettes repoussantes.

Pause devant la maternite

La maternité abrite près d’un millier d’accouchements par an

A gauche, un petit couloir mène à deux chambres vides réservées aux suites de couches. Elles sont encombrées de lits en fer – trois par chambre – surmontés de matelas en plastique déchiré. De l’ensemble se dégage une impression de tristesse renforcée par la couleur marron des murs. La visite de la maternité se termine dans un bureau administratif servant à la fois de salle d’examen.

Gratuité des soins

C’est là qu’officie Sylviane Zongo, sage-femme. On la reconnaît à sa blouse rayée blanc et rose qui la différencie des accoucheuses vêtues de blouses roses.

Sylviane Zongo, sage-femme

Sylviane Zongo, sage-femme, craint une pénurie de médicaments

« Nous assurons 60 à 100 accouchements par mois. Les locaux sont exigus, l’intimité de la femme n’est pas respectée, d’autant plus que les visiteurs entrent sans se gêner dans la salle de travail ». Comme dans de nombreux centres, le CSPS de Lafiabougou manque de matériel. Mais la situation s’est aggravée depuis l’instauration, le 2 avril 2016, de la gratuité des soins et des médicaments pour les femmes enceintes et les enfants jusqu’à l’âge de cinq ans. « La fréquentation du centre a augmenté mais nous n’avons pas été consultés et la population n’a pas été sensibilisée, ce qui fait que chaque soir, les femmes du quartier se donnent rendez-vous dans la cour pour réclamer des médicaments sans en avoir besoin. Si nous les leur refusons, cela peut entraîner des violences verbales. Si nous leur cédons, j’ai peur que nous manquions bientôt de médicaments ».

Aminata Sanou (L’express du Faso à Bobo-Dioulasso)

Dieudonné Sou (Radio Alliance Chrétienne à Bobo-Dioulasso)

Reportage audio de Fatamouldou Traoré (Radio Diiri de Diré) et Safiatou Ouédraogo (Radio municipale de Sya)

Une équipe de 38 personnes

Créé en 1990, le Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) de Lafiabougou a été conçu pour un quartier peu peuplé qui s’est considérablement développé depuis. Ce centre est l’un des neuf CSPS du district de Do.

Il se compose d’une structure de soins comprenant un centre de vaccination, un centre de planning familial, un service de protection maternelle et infantile (PMI), d’un dépôt pharmaceutique ainsi que d’une maternité. Son équipe comprend trois infirmiers d’Etat, quatre sages-femmes, six infirmiers brevetés, seize accoucheuses auxiliaires et neuf agents itinérants de santé (AIS), soit un total de trente-huit professionnels.

Dirigé actuellement par un infirmier d’Etat, le centre doit prochainement devenir centre médical avec à sa tête, un médecin.

À la découverte du vieux Bobo

Au coeur de Bobo-Dioulasso, une zone, bien que délaissée par les touristes, met en évidence ses richesses culturelles nées d’une diversité ethnique et religieuse

Les rayons du soleil éclairent le quartier de Kibidoué, où est née la ville de Sya, ancien nom de Bobo-Dioulasso.  10h30, le vieux Bobo, situé au centre de l’ancienne capitale du pays, s’éveille lentement.

6 Kibidoue Siakourou

L’arbre a donné son nom au quartier

Un arbre pour symbole

« On est en crise politique, il y a de l’insécurité et des conflits dans les pays frontaliers. Pour l’instant, il n’y a pas de voyageurs étrangers. On ambitionne de développer l’activité touristique. Mais à l’heure actuelle, on ne peut pas en vivre», explique Simon Sanon, président de l’Association des Guides Touristiques de Bobo (A.G.T.B). Il fait part de ses inquiétudes sur le développement du tourisme. Ainsi, l’association a été créée il y a plus de vingt ans et compte trente membres. Son travail consiste à faire découvrir le charme de cet endroit. Ces guides peuvent aussi sortir hors de Bobo-Dioulasso et faire rêver leurs hôtes dans des lieux aussi typiques que Banfora, Gaoua , Lobi, Cassena, etc.

7 Premiere maison de l'ancetre fondateur de Bobo.

La maison du fondateur date du XIe siècle

La première maison de Kibidoué symbolise le quartier. Kibidoué était le nom initial de Sya. Un panneau marque l’entrée de cette première bâtisse. Sur celui-ci, se dresse l’arbre illustrant le nom du village. Puis au centre surgit la case des fétiches. Tandis que le petit mausolée rappelle les signes du sacrifice.

Une diversité religieuse et ethnique

Ici, quelques enfants s’adonnent à la lecture coranique. Des anciens causent sous la fraîcheur d’un manguier. Des femmes mélangent les graines de mil. D’autres font la lessive. Au bord de la rivière, une maman coupe le poisson. Tout se déroule autour de la maison qui hébergea les premiers ancêtres de cette cité au XIe siècle. Voilà pourquoi les guides de Bobo ont plusieurs atouts pour séduire les visiteurs. Le promeneur passe ainsi de la mosquée datant de 1880 jusqu’à ce cours d’eau où les silures sacrés sont les princes des lieux.

4 Simon Sanon et Alassane Bissiri

Simon Sanon, guide touristique, et Alassane Bissiri, marabout

Le vieux Bobo continue de vivre de manière traditionnelle. Ainsi en mars, s’est tenue la fête des masques. «J’ai été initié pendant cette fête. Je me suis converti à l’Islam », mentionne Simon Sanon. Tandis que  Alassane Bissiri, le petit frère de l’Imam et aussi marabout, se définit aussi comme un guide du tourisme : «Notre activité consiste à aider les responsables touristiques».

La première église de Kibidoué se présente au bout des vieilles ruelles de latérite, illuminées par le soleil. Elle est sortie de terre en 1945. « Toutes les religions cohabitent, l’Islam, le Christianisme et l’Animisme.  Le chef actuel est le sixième chef de Kibidoué. Il était un grand catholique et s’est converti à l’Animisme », dit Simon Sanon. Malgré l’ancienneté des lieux incarnée par une vieille voiture noire appartenant à l’église et plantée là, toute une richesse née de la diversité ressort.

11 Premiere eglise chretienne

L’église chrétienne a été construite en 1945

Il faut retenir aussi que Kibidoué regorge d’une multitude d’ethnies telles que les Bobos, les Mossis, les Dioula, les Peuls. Les différentes communautés vivent en parfaite communion. « Pendant la fête des masques il y a une interaction entre les hommes », stipule Simon Sanon.

La vieille mosquée vise l’Unesco

Cependant à Kibidoué, les musulmans sont majoritaires. Tous les jours, la vieille mosquée située un peu à l’écart du vieux quartier accueille ses fidèles. Le vendredi, pour la grande prière, quatre cent personnes l’investissent. Pour les jours de grande affluence, une salle de prière supplémentaire a été aménagée à-côté. Le visiteur est frappé par la beauté du monument sacré. Sa couleur blanche, ses murs en banco, ses pieds de bois, ses piliers arrondis, ce minaret d’où l’Imam guide la prière, confèrent à ce lieu saint un côté impressionnant. «Je dois partir déposer le plan de la mosquée au ministère pour qu’elle soit inscrite au patrimoine mondiale par l’UNESCO. Car elle est un atout pour notre communauté », souligne Simon Sanon.

2 Mosquee

La vieille mosquée, de style tombouctien, date de 1880

La traversée de Kibidoué s’avère très marquante et chaleureuse. Le vieux Bobo est l’une des plus grandes richesses culturelles de la deuxième ville du Burkina Faso. Malgré le manque d’engouement des touristes qui entraîne un ralentissement de l’activité des guides, ce fameux quartier conserve ses atouts et mérite davantage de considération.

Aminata Harber (radio Guimba à Goundam)

Ibrahim Sarambé (radio Al-Mafaz à Bobo-Dioulasso)

Reportages audio de Mahamadoun Guindo (radio Issaber à Niafunké) et de Wilfried Somé (radio Evangile et Développement à Bobo-Dioulasso)